30.4.13

LA VIDA HACE VER




La historia de este cuerpo, que de una vez por todas perdió junto con la facultad de agitarse la de refundirse en un individuo entero, desde la lenta catástrofe del enfriamiento, será ya sólo la de una perpetua disgregación. Pero es en este momento cuando suceden otras cosas: muerta la grandeza, la vida hace ver pronto que nada tiene en común con ella. Pronto, con mil recursos.
Tal es hoy la apariencia del globo. El cadáver en trozos del ser del tamaño del mundo sólo sirve ya como decorado para la vida de millones de seres infinitamente más pequeños y efímeros que él. Su multitud es por zonas tan densa que oculta enteramente la osamenta sagrada que les sirvió no hace tanto de soporte único. Y sólo la infinidad de sus cadáveres, logrando desde entonces imitar la consistencia de la piedra, mediante lo que llamamos la tierra vegetal, les permite desde hace unos días reproducirse sin deber nada a la roca.
Por otra parte, el elemento líquido, de origen quizá tan antiguo como éste del que trato aquí, habiéndose reunido en extensiones más o menos grandes, lo recubre, se frota con él, y con golpes repetidos activa su erosión.
Describiré, pues, algunas de las formas que la piedra, actualmente dispersa y humillada a través del mundo, muestra ante nuestros ojos.

* * *
De ce corps une fois pour toutes ayant perdu avec la faculté de s'émouvoir celle de se refondre en une personne entière, l'histoire depuis la lente catastrophe du refroidissement ne sera plus que celle d'une perpétuelle désagrégation. Mais c'est à ce moment qu'il advient d'autres choses : la grandeur morte, la vie fait voir aussitôt qu'elle n'a rien de commun avec elle. Aussitôt, à mille ressources.
Telle est aujourd'hui l'apparence du globe. Le cadavre en tronçons de l'être de la grandeur du monde ne fait plus que servir de décor à la vie de millions d'êtres infiniment plus petits et plus éphémères que lui. Leur foule est par endroits si dense qu'elle dissimule entièrement l'ossature sacrée qui leur servit naguère d'unique support. Et ce n'est qu'une infinité de leurs cadavres qui réussissant depuis lors à imiter la consistance de la pierre, par ce qu'on appelle la terre végétale, leur permet depuis quelques jours de se reproduire sans rien devoir au roc.
Far ailleurs l'élément liquide, d'une origine peut-être aussi ancienne que celui dont je traite ici, s'étant assemblé sur de plus ou moins grandes étendues, le recouvre, s'y frotte, et par des coups répétés active son érosion.
Je décrirai donc quelques-unes des formes que la pierre actuellement éparse et humiliée par le monde montre à nos yeux.-

:: “Le Galet” en Le Parti pris des choses [Tomar partido por las cosas] de Francis Ponge (1942).-

No hay comentarios: