11.6.12

DÉDALO DEL EXTREMO

A Maurice Blanchot

La desafiaba, avanzaba hacia su corazón, como un boxeador doblado, alado y poderoso, bien centrado en la geometría atacante y defensiva de sus piernas. Medía con la mirada las cualidades del adversario que se contentaba con romper, acantonado entre una virginidad agradable y su experiencia. Sobre la blanca superficie donde se desarrollaba el combate, ambos olvidaban a los espectadores inexorables. En el aire de junio revoloteaba el nombre de las flores del primer día de verano. Al fin una ligera mueca se deslizó por la mejilla del segundo y un surco rosa se dibujó en ella. La respuesta brotó seca y consecuente. Con las corvas de repente como ropa tendida, el hombre flotó y titubeó. Pero los puños frente a él no se aprovecharon de su ventaja, renunciaron a terminar. Ahora las cabezas magulladas de los dos combatientes se balanceaban la una contra la otra. En ese momento el primero debió de pronunciar a propósito al oído del segundo palabras tan perfectamente ofensivas, o adecuadas o enigmáticas, que de éste surgió, rápido, total, preciso, un rayo que tumbó de golpe al incomprensible combatiente.
Algunos seres tienen un significado que ignoramos. ¿Quiénes son? Su secreto está en lo más profundo del secreto mismo de la vida. Se acercan a él y ella los mata. Pero el futuro al que, de esta manera, han despertado con un murmullo, al adivinarlos, los crea. ¡Oh dédalo del extremo amor!

* * *

Il la défiait, s’avangait vers son cœur, comme un boxeur ourlé, ailé et puissant, bien au centre de la géométrie attaquante et défensive de ses jambes. II pesait du regard les qualités de l’adversaire qui se contentait de rompre, cantonné entre une virginité agréable et son expérience. Sur la blanche surface où se tenait le combat, tous deux oubliaient les spectateurs inexorables. Dans l’air de juin voltigeait le prénom des fleurs du premier jour de l’été. Enfin une légère grimace courut sur la joue du second et une raie rose s’y dessina. La riposte jaillit séche et conséquente. Les jarrets soudain comme du linge étendu, l’homme flotta et tituba. Mais les poings en face ne poursuivirent pas leur avantage, renoncérent á conclure. A présent les tetes meurtries des deux battants dodelinaient l’une contre l’autre. A cet instant le premier dut á dessein prononcer á l’oreille du second des paroles si parfaitement offensantes, ou appropriées, ou énigmatiques, que de celui-ci fila, prompte, totale, precise, une foudre qui coucha net l’incompréhensible combattant.
Certains êtres ont une signification qui nous manque. Qui sont-ils ? Leur secret tient au plus pro-fond du secret méme de la vie. lis s’en approchent. Elle les tue. Mais l’avenir qu’ils ont ainsi éveillé d’un murmure, les devinant, les crée. O dédale de l’extréme amour!

:: Le mortel partenaire [El compañero mortal] de René Char (1955).-

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